Dans ce futur dont quelques marques luisent jusqu’à nous, hier était déjà demain. Le jour est la nuit et l’inverse. La catastrophe annoncée déjà là. “Vestiges du Futur” de Frédéric D. Oberland se pose en expression transdisciplinaire — visuel, textuel, sonore — de ce qui est sur le point d’advenir, de ruine et d’éternité. Dans le contre-fil de ce scénario couru d’avance : faire commun, convoquer joie et métamorphoses. Jouer la partie, quitte à se trouver, pour qu’au moins, il se passe quelque chose.
Les images qui composent l’ouvrage sont issues d’un corpus photographique (35mm) et filmique (photogrammes Super8) au long cours où dialoguent visions hallucinées, géographies mutantes, intimités et étreintes, soulèvements et épiphanies du vivant. Par delà les géographies et les histoires fragmentées, les parcours des personnages – humains, animaux, végétaux – se croisent, leur contamination sémantique dessinant les traces d’un atlas sans cartes. C’est ici la main qui tâtonne, la main qui voit, au milieu d’une matière qui engloutit et recrache le temps. Ce livre à la grammaire riche emprunte au montage filmique – ellipses, décomposition du mouvement, accélération/décélération – et fait s’entrechoquer plusieurs séquences qui s’alternent entre cahiers principaux, inserts d’images et textes. Dix voix rythment le récit visuel dont elles s’inspirent et en font rapport. “Vestiges du Futur” prend la forme d’un grimoire polyphonique, d’un ensemble de signes à déchiffrer et à agencer : si tout ce que nous avions vu était ce que nous allions voir.